Editorial

Editorial mai 2020

A Chacun ses rêves, à chacun sa façon d’agir.

Une épidémie a un caractère évolutif.
Dans cette première phase, elle a rimé chez nous avec confinement, « un pis-aller, dans la mesure où nous ne disposions pas des tests et des masques qui auraient permis le traçage et la protection » analyse Rony Brauman ex président de MSF dans le journal Le Monde du mardi 05 mai 2020.

Les ostéopathes ont donc remisé leurs blouses de soignant pour respecter les consignes de santé publique et les associations socio-professionnelles, les syndicats, l’association à vocation ordinale, se sont fortement mobilisés pour aider et informer les membres de notre profession. Chacun avec ses propres choix et ses propres angles d’actions ou récemment à travers une démarche commune pour demander une distribution de masques sanitaires par l’état.

Néanmoins, il persistait pour beaucoup un sentiment de frustration, celui de ne pas être considéré formellement comme un vecteur d’aide à la santé.

Se sachant capables d’être utile aux autres et désireux d’exprimer leur solidarité auprès des personnes exposées à la contamination, des ostéopathes ou des associations solidaires ont essayé et certaines réussie comme Ostéopathes du Monde, à agir sur le terrain en donnant des soins aux soignants, y compris dans les hôpitaux.

La Fédération Ostéopathie Solidarité (FédOsoli) a éprouvé une voie officielle en écrivant au Ministre des Solidarités et de la Santé pour demander que les ostéopathes puissent être intégrés à la réserve sanitaire.
Sans réponse, FédOsoli a monté l’opération Ostéopathes Solidaires Covid-19 créant ainsi un annuaire national pour aider les volontaires à trouver un moyen d’intervenir dans leur région et préparant pour l’après les conditions de gestes de reconnaissance envers ces “héros”.

Et c’est ainsi qu’à travers diverses initiatives, les ostéopathes ont intelligemment conjugués citoyenneté et solidarité.

Une lente décrue de l’épidémie marque le deuxième temps de cette fausse de guerre. Avec le dé-confinement qui approche, nous avons comme tout un chacun et comme thérapeute à intégrer la menace virale et les précautions à adopter.

Mais, arrêtons nous un instant pour se demander ce que nous avons ressenti et appris pour l’avenir de cette période sans préalable.

Trois mots me viennent : Fragilité Questionnement Solidarité.

La fragilité de l’existence ou plutôt une conscience plus aigüe de cette fragilité.
Des questionnements qui sont des remises en causes multiples, entre autres, nos modes de vie, l’organisation de nos sociétés voir la construction d’une société monde.
Le besoin de solidarité face aux dangers que représentent les épidémies mais aussi le réchauffement du climat, la faim et la misère dans le monde, la course effrénée à la rentabilité, la tendance à l’autoritarisme politique etc..

Fragilité, questionnements, solidarité, trois mots aux articulations du « moi » et du « nous » comme si cette épidémie interrogeait ce lien vital et nourricier, ce cordon entre le « moi » et le « nous ».
A ce propos, la santé n’est elle pas ce phénomène, qui inscrit dans le corps, une histoire individuelle dans sa singularité mais aussi collective par l’influence des nombreuses logiques auxquelles elle se confronte ?

L’ostéopathe se trouve alors à travers chaque patient devenir le témoin d’une histoire particulière mais aussi de l’histoire de son temps.

Demain les ostéopathes solidaires rencontreront de nouveau les parias de ce monde et leurs « doigts qui pensent, sentent, voient et savent » seront des vecteurs de compréhensions pour les douleurs ou les souffrances de ces personnes mais aussi, si nous voulons bien y prêter attention, aux désordres du « Nous ».

Ainsi demain comme nous avons su le faire, soyons acteur de la solidarité, et peut-être aussi, un acteur conscient et visionnaire pour, rêvons un peu, changer le monde !

Le comité d’action de FédOsoli

Editorial janvier 20

Les Ostéopathes solidaires et le grand débat national

Nous sortons de la période des vœux et ce qui revient chaque année, si souvent, dans ces souhaits traditionnels c’est : “Et surtout la santé ! “

La santé un thème qui ne fait pas directement partie des sujets choisis par le Président de la République pour ce grand débat national. Ce n’est pas le seul absent, la culture par exemple est quasiment inexistante…Et pourtant rappelons nous la lecture de Montaigne :
“La santé est « le plus beau et le plus riche présent que nature nous sache faire”.

La santé en France donne des signes d’inadaptation de notre système : La désertification médicale, la non adéquation de la prise en charge des maladies chroniques ou d’origines environnementales, des hôpitaux aux services de plus en plus inégalitaires sur le territoire tant du point de vue de la qualité des soins que de leurs accès, une médecine encore si timide en matière de prévention etc.

S’ils nous semblent prépondérant de maintenir nos régimes de solidarité avec entre autres la sécurité sociale et d’en préserver la philosophie, ils nous paraît urgent de repenser de fond en comble ces modèles en place devant les nouvelles réalités et les multiples défis à venir.

Dans leurs permanences, les Ostéopathes solidaires sont en première ligne face au désoeuvrement, à la pauvreté et à la précarité. Dans leurs cabinets, ils écoutent le désarroi, l’injustice ressentie, l’inquiétude de leurs patients. Ils cherchent à aider ces corps qui nous parlent. Le social détermine la santé, l’environnement détermine la santé tout comme le bonheur est un atout inestimable pour la santé. Ainsi cette autre phrase de Montaigne raisonne et nous aide à penser que la santé est un tout et que le corps est son réceptacle :

“Ce n’est pas seulement, d’ailleurs, de la douleur et du plaisir que le corps est juge, c’est de la mesure même des choses”

Alors les ostéopathes solidaires ne peuvent que se poser des questions sur l’avenir de notre pays mais aussi et surtout, dans un temps où tout se trouve connecté, sur le monde et son évolution.
Ici et partout, une doctrine gouverne le monde avec plus ou moins de variantes associées (démocratie, ploutocratie ou autocratie), avec des réussites (globalement la pauvreté à reculer et les guerres sont moins nombreuses) mais à quels prix et jusqu’à quand : L’inégalité et l’injustice vont croissantes, une infime partie de la population engrange les richesses, la terre est au bord du gouffre, les replis identitaires portent en germent la haine de l’autre et la violence.

La santé disait encore Montaigne est “un état satisfaisant de toute chose”.

Alors la santé de notre monde ne demande-t-elle pas un changement profond ?
C’est ce que semblent nous dire à la fois ces éruptions humaines, ces révoltes à chaque coin du monde mais aussi ces magnifiques initiatives de femmes et d’hommes qui réinventent de nouvelles façons de vivre ensemble souvent en osmose avec la nature.

La santé du monde, la santé du corps, la santé de l’âme, la santé mentale, la santé-social, la santé environnementale ( le défi est de taille, et il est devenu un enjeu mondial de santé publique ; Pollution, réchauffement climatique, pesticides…),
bref les santés doivent être la finalité de nos débats, ils déterminent ce que pourront être nos choix, ces choix sur lesquels portent le grand débat (fiscaux, économiques, nos actions publiques, nos organisations celle de l’état et celles des collectivités, la transition écologique, la citoyenneté).

Ces débats sont et seront remplis de mots, des mots exprimés, réfléchis, pensés, lâchés, expulsés, bridés, criés, . Au moment de l’analyse et de la rédaction de ce “nouveau pacte”, il faudra être honnête et sans pré-construit. Il faudra se rappeler qu’écouter c’est savoir entendre plus que les mots. Ces mots sincères, “colère” parfois voir incohérents et irrationnels, ils portent une signification, un sens caché à explorer. De ce grand débat, de ce mouvement en gilets jaunes, ayons une lecture attentive et une lecture entre les lignes, pour rencontrer une vision du monde à venir.

C’est un appel à chacun de nous, aux élus, aux responsables des politiques nationales et locales, à être capable de changer de paradigme,

A être courageux pour transgresser.

Aller au delà !

Aller au delà de ce qui existe pour faire une nouvelle société monde.
Etre volontaire pour la planète afin de vivre… encore et toujours.
Faire avec et pour l’autre afin de vivre ensemble.

Cela se joue dans notre pays et partout dans le monde. Si nos mains d’ostéopathes solidaires soignent des gens venant du monde entier, ce sont les mains de toutes et tous qui soigneront le monde.

Nous savons, car nous le ressentons au quotidien dans les tissus de nos patients qu’une mutation est toujours possible à un moment donné.
Alors pourquoi ne pas porter l’espoir d’une mutation-monde vers un mieux être ?

Le Comité d’action des Ostéopathes Solidaires à un moment peut-être historique.