Editorial

Editorial janvier-février 2024

2024 L’année du questionnement ?

Le début d’année est le moment des voeux, les “bonne et heureuse année” fleurissent sur tous les parterres de la communication et FédOsoli n’échappe pas à cette tentation de vous souhaiter plein de joies, de réussites et une santé resplendissante pour les 365 jours à venir.

Mais, penchons nous sur ce que pourrait être cette nouvelle année. Une pensée me vient, l’année 2024 ne serait elle pas l’année du questionnement ?

Questionnement tous azimuts ?

Au plus proche de nous, l’ostéopathie.

– Sur la nature même de l’ostéopathie :

La pratique des ostéopathes solidaires auprès de gens présentant une santé plus que précaire est une expérience qui nous confronte aux possibilités du soin ostéopathique. Nous pouvons nous sentir démunis ou surpris de l’effet positif de nos traitements sur le trouble et sur la personne.

L’ostéopathie traditionnelle qui se considère comme une médecine alternative… N’existe t il pas une tendance à enfermer notre pratique en l’ancrant excessivement dans une théorie fondatrice, une théorie incomplète voir dépassée ?

L’ostéopathie progressiste * qui se définit comme complémentaire des autres approches conventionnelles… N’existe t il pas un risque, dans cette ostéopathie basée sur les preuves, à confiner l’ostéopathie dans un champ d’application exagérément réducteur et ce d’autant plus que la recherche médicale est majoritairement aux mains de l’industrie pharmaceutique ?

– Sur le statut de l’ostéopathe et de l’ostéopathie :

Un sujet concernant les ostéopathes solidaires qui espèrent un accès aux soins pour tous.

Quel devenir de notre statut au moment où des autorités administratives semblent se pencher sur notre profession et sa pratique ?

Le rapport récent, avril 22, de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) fait des propositions d’évolution.

Partant du constat que la loi ne considèrent pas les professionnels pratiquant exclusivement l’ostéopathie comme des professionnels de santé réglementé par le livre III de a quatrième partie du code de la santé publique, elle envisageable entre autres la possibilité de confier la gestion de la formation et de l’exercice de l’ostéopathie à un organisme ayant délégation de service public : ” Sous réserve d’une évaluation des pratiques, l’intégration de dispositions spécifiques aux ostéopathes et chiropracteurs au livre III du code de la santé publique, à l’instar d’autres professions de santé récemment réglementées, sans pour autant changer les caractéristiques de leur exercice, ouvrirait des possibilités de réguler la démographie de ces professionnels, de s’assurer de qualité de la formation et de sécuriser les pratiques.”

Le ministère de la santé et de la prévention dans une dernière mise à jour de décembre 2021 sur les pratiques de soin non conventionnels (PSNC) agglomère l’ostéopathie à un ensemble hétérogènes de pratiques de soin, ce qui rend ces conclusions discutables. Conclusions qui mettent, à juste titre, l’accent sur la nécessaire évaluation rationnelle des pratiques mais le ton général de cette mise à jour ressemblent plutôt à une charge sans discernement contre les PSNC et montrent en filigrane une mésestime pour les patients qui font confiance à ces pratiques.

Pas si loin de nous, la santé publique.

Les ostéopathes solidaires remplissent une mission de santé publique en visant à étendre l’accès aux soins ostéopathiques à un plus grand nombre.

La santé publique est mal en point. Qui n’a pas eu à attendre des semaines, des mois pour obtenir un rendez-vous médical ? Qui n’a pas constaté le délitement des hôpitaux ?

Que dire de l’accès aux soins qui devient de plus en plus inégalitaire, que dire, que faire ?

Repenser la santé publique, sans s’opposer à la médecine conventionnelle, ne faut il pas oeuvrer pour donner une place conséquente à l’ostéopathie comme médecine manuelle ? Une médecine à bas coût qui fait confiance aux facultés du corps à se rétablir.

Penser la prévention dans notre système de soin, des réflexions récentes apportent un espoir, malheureusement elles restent à l’état de réflexion et ne se traduisent pas par un prise en compte “comptable”.

Ne faut il pas révolutionner les approches actuelles pour s’engager vers une voie originale adaptée à notre temps ? Sans remettre en cause le principe de solidarité, ne faut il pas envisager en premier rideau, une médecine préventive dont l’ostéopathie ferait partie puis une médecine thérapeutique plus addictive (médecine conventionnelle ou chirurgie) ou soustractive (chirurgie) ?

Pour un meilleur accès aux besoins vitaux, manger dormir et se soigner, n’est il pas temps de prendre des décisions et des mesures drastiques, par exemple au plus pressé, réinventer des dispensaires version 21 ème siècle ?

Mais, voyons plus loin, ne faut il pas changer la société ?

Autour de nous la société.

L’ostéopathie fait la part belle à la globalité, les ostéopathes solidaires rencontrent les exclus, les laissez pour compte alors observer la société et vouloir la changer n’est t il pas comme un devoir ?

Notre société se fragmente, les fragilités diverses ( isolement, santé dégradée ou handicap, mal logement, pauvreté, discrimination, sous emploi, chômage, relégation territoriale, violence) rendent la vie difficile pour deux tiers de la population (étude du Credoc hiver 2018) Un sentiment de défiance vis à vis des institutions, police, parlement, justice voir école, parcourt cette population au point parfois de ne pas exclure l’usage de la force.

N’avons nous pas besoin de rêver d’une autre société ? Cela n’implique t il pas de changer de modèle économique ? Cela ne remet il pas en question nos croyances et nos certitudes issues d’une période de développement devenue destructrice voir mortifère.

A nos côtés, le monde.

Ostéopathes solidaires de tous les pays unissez vous pour apporter un soin au monde !

Le vivant est en danger. Guerres, famines, catastrophes naturelles, climat, dangers sur bien des espèces végétales ou animales, les menaces sur le devenir du monde semblent s’agglomérer au point de créer une ambiance dépressive dans le monde entier.

Alors si le chaos semble proche, il ouvre aussi la voie à une reconstruction. Il existe bien des exemples de renouveau dans tous les pays, alors pourquoi ne pas espérer que les femmes et les hommes trouvent le courage de réinvestir et réinventer notre monde ?

Mais halte là …

Le questionnement tous azimuts donne un sentiment de vertige… alors je vous invite à vous recentrer sur la parcelle d’humanité que vous incarnez.

Et puis, viendra un moment où le temps du questionnement ne vous suffira peut-être plus … alors il faudra l’action.

  • terme emprunté à Yves Lepers dans son livre “Impertinente ostéopathie” page 18